Cadre et niveau de reconnaissance
Le Reiki n'est pas une profession de santé réglementée en France : aucun titre lié à sa pratique (« maître reiki », « praticien reiki »...) n'est protégé par la loi, et aucune certification RNCP ou RS active dédiée au Reiki n'a été identifiée au registre officiel de France Compétences. Plusieurs organismes de formation et fédérations confirment eux-mêmes cette situation : le Syndicat National des Praticiens et Enseignants du Reiki indique par exemple que la création d'un diplôme d'État reconnu (certification RNCP) reste, à ce jour, un objectif poursuivi et non un acquis. La Fédération Française de Reiki Traditionnel propose de son côté une certification privée dite « reikiologie », labellisée selon la norme internationale ISO 17024 (une norme de certification des personnes) : il s'agit d'une reconnaissance professionnelle privée, distincte d'un diplôme d'État ou d'une certification RNCP/RS.
Le code de la santé publique encadre la limite à ne pas franchir pour tout praticien non médecin : l'article L4161-1 définit l'exercice illégal de la médecine comme le fait de participer, de façon habituelle, à l'établissement d'un diagnostic ou au traitement de maladies sans être titulaire d'un diplôme de médecin ; l'article L4161-5 punit ce délit de deux ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende. Une jurisprudence constante de la Cour de cassation, déjà posée dès 1929 et régulièrement réaffirmée depuis pour des pratiques comparables, considère que le fait, pour une personne non diplômée, de recevoir des personnes malades et de se livrer sur elles à des pratiques d'imposition des mains ou de magnétisme comportant l'émission d'un prétendu fluide peut caractériser une participation habituelle au traitement des maladies, propre au délit d'exercice illégal de la médecine — le risque juridique se noue donc dès qu'un praticien non-médecin outrepasse le simple accompagnement de bien-être pour poser un diagnostic ou prétendre traiter une maladie.
Une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), menée entre octobre 2020 et septembre 2021 auprès de 381 établissements proposant une cinquantaine de pratiques de soins non conventionnelles (dont le Reiki), publiée le 15 mars 2022, a relevé un taux d'anomalie de 66 %, débouchant sur 189 avertissements, 55 injonctions de mise en conformité, 17 procès-verbaux et plusieurs signalements pour exercice illégal de la médecine. Les manquements portaient notamment sur des allégations commerciales trompeuses (y compris des promesses de guérison pour des pathologies graves) et une confusion entretenue avec le statut de professionnel de santé ; l'enquête a spécifiquement relevé, chez certains praticiens de Reiki, la pratique du « Reiki à distance » proposé via l'envoi d'une photographie ou par messagerie, présentée comme un point de vigilance particulier.
Le rapport annuel 2016-2017 de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, remis au Premier ministre le 22 mars 2018) a identifié le Reiki, aux côtés de la kinésiologie, comme l'une des deux « techniques de soins inquiétantes » connaissant alors « un développement important en France » tout en étant « porteuses de risques », rappelant que les formations et diplômes délivrés pour ces pratiques ne sont pas reconnus par l'État. Le rapport d'activité 2022-2024 de la Miviludes constate par ailleurs qu'il est aujourd'hui courant de trouver des séances de Reiki, de magnétisme ou de « bol tibétain » au sein même des établissements publics de santé et des maisons de retraite, une introduction qui, selon la mission, n'est dans la majorité des cas légitimée par aucune étude scientifique ni essai clinique concluant sur leur efficacité intrinsèque. Sur la période 2022-2024, le domaine de la santé et du bien-être a représenté la première source de signalements reçus par la Miviludes.